INFORMATIONS TOURISTIQUES

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COMMENT Y ARRIVER

En venant de Saint-Louis parcourir la route asphaltée jusqu’à Ross Béthio pour environ 25 km. Au niveau de Ross Béthio un panneau indique la direction du parc. De la, il faut encore parcourir 25 km sur un sentier.

 

CLIMAT

Le climat est de transition entre le continental sahélien et l’atlantique. Par conséquent, les masses d’air des vents saisonniers du Sahel peuvent être, selon leur provenance, sèche ou humide, froide ou chaude. Les précipitations sont rares et on sensiblement diminué au cours des vingt dernières années.

Les conditions climatiques sont en fonction de trois saisons principales :

  • la saison des pluies, de juillet à septembre ;
  • une "contre-saison" froide et sèche, d’octobre à février ;
  • une "contre-saison" chaude et sèche, de mars à juin

 

Les deux "contre-saison" correspondent à la période de migration des oiseaux et à la nidification de certaines espèces d’oiseaux.

 

 

 

BIOTOPES

Le parc est composé de quatre biotopes correspondants à différents secteurs :

  • Secteur du Grand Lac. C’est un site d’hivernage pour les migrateurs qui viennent ici pour passer l’hiver et après rentrent en Europe pour nicher.

 

Il est équipé de trois points pour l’observation des oiseaux. Du moi d’octobre à avril on peut y observer les flamands roses, les canards (sarcelles d’été, souchets), les oies d’Egypte et éperons, les grues couronnés, les spatules, les avocettes, les combattants. Les espèces afro tropicales telles que les grues couronnés, les canards, les oies d’Egypte et éperons nichent pendant la saison des pluies au grand lac. Un grand oiseau rare appelé outarde peut être observé pendant toute l’année. Parmi les autres oiseaux terrestres on peut y observer le courvite isabelle et le ganga aussi.

Parmi les mammifères on note la présence de phacochères, singes rouges, chacals.

Parmi les reptiles le piton de Saba et la vipère heurtante.

A partir de mai à juin le parc est complètement sec. La période coïncide avec le retour en Europe des oiseaux.

 

  • Secteur de Ndouth. Ce secteur comprend le plus important point d’attraction touristique : le marigot de Djoudj, où se déroulent les excursions en pirogue. Le marigot abrite le nichoir des pélicans qui nichent chaque année entre le mois d’octobre et avril. L’éclosion se déroule en décembre et l’élevage continu jusqu’à avril. Parmi les espèces observées on signale : cormorans, canards, hérons, spatules et une grande concentration d’oies d’Egypte et éperons et grues couronnées entre avril et mai-juin.

 

Parmi les reptiles on note la présence du crocodile du Nil dans le territoire avec ses petits de novembre à avril. Il y a aussi quelques oiseaux aquatiques comme la poule d’eau et la poule sultane.

 

  • Secteur de Crocodile. Il se trouve à 30 km de l’entrée du Parc. C’est une héronnière, un coin de reproduction des airons et des ibis. On observe aussi les spatules d’Afrique et il y a une importante présence de canards (casqué, oie de Gambie, etc.). Entre novembre et décembre il y a une grande concentration de grues couronnées qui se nourrissent dans les rizières de Fourarate. Après la récolte, on observe des rapaces : le milan noir et le busard de roseau. Parmi les mammifères : phacochères, chacals et singes rouges.

 

  • Secteur de Debi-Tiguet. Il s’agit d’une zone wolof de tradition rizicole, point d’attraction des oiseaux granivores après la récolte du riz. On observe des oiseaux garde bœufs, rapaces, tourterelles, grues couronnées.

 

ASPECTS GEO-MORPHOLOGIQUES

La morphologie du Parc a été constituée au cours du Quaternaire, suite à des épisodes climatiques alternativement secs et humides affectant les conditions hydrogéologiques et celles marine de la région. Les dépôts fluviomarins qui couvrent le delta du fleuve Sénégal sont constitués par une couche épaisse et continue de dépôt sableux surmontés de formations de nature sableuse diverses et discontinues.

L’hydrographie du Parc de Djoudj est un système complexe formé par une série de lacs et marais reliés entre eux.

Les lacs qui forment la grande cuvette de Djoudj sont :

 

  • le Grand Lac, le réservoir le plus important du système (5 500 ha de superficie), est situé au sud e la réserve. Il fait 4,5 km de long et 2,3 km de large au centre ;
  • le Lac Khar, situé au sud du Grand Lac, s’étend sur 1 500 ha. Il fait 1,8 km de long et environ 300 m de large. Il est alimenté par le marigot de Djoudj ;
  • le Lac du Lamantin, situé au nord du Grand lac, se déploie sur 1 000 ha. Il fait 2,5 km de long et environ 500 m de large. Il reçoit les flux du canal du Crocodile et il est alimenté par le marigot de Thieguel.

 

Aujourd’hui, le régime naturel du fleuve et l’équilibre écologique du Parc ont été modifiés par rapport à l’ancien système basé sur l’alternance entre eau donc et salé. En fait, le fonctionnement du système de Djoudj est commandé par des vannes situées sur la digue périphérique du delta construite en 1964[1].

Le système artificiel permet ainsi la régularisation des niveaux, surtout pendant la saison sèche, le contrôle des écoulements dans les terres du delta et leur protection contre les intrusions d’eau salée. En outre, il a permis l’installation de populations, la plupart de tradition nomade, dans les zones périphériques qui maintenant peuvent profiter des sols en pratiquant la riziculture. Cependant, cela a eu pour effet pas du tout positif la prolifération des végétaux aquatiques qui maintenant envahissent l’eau douce dans la cuvette de Djoudj.

 

FLORE

La flore est essentiellement celle qui est typique de l’Afrique subsaharienne avec des formations arbustives de tamarix, différents types d’acacia, la Balanites aegyptica. Dans les zones inondées et marécageuses on signale le peuplement de Typha australiens, Sprobolus, Nymphéa locus et des plantes halophiles du type Salicorne.

 

FAUNE

LES POISSONS

Le Parc de Djoudj compte 92 espèces de poissons pour une surface aquatique de 380 km², une abondance qui explique l’élection de Djoudj à zone de nidification, de nourrissage et de reproduction pour beaucoup d’oiseaux piscivores (pélicans, anhingas, cormorans, guifettes). Cette abondance explique également l’importance de la pêche pour les populations des zones périphériques.

 

LES REPTILES

Parmi les reptiles on signale : le crocodile du Nil, le varan du Nil, le python de Séba, la vipère heurtante. Le varan de terre, rarement observé dans le Parc, est présent dans la périphérie, notamment dans les dunes de Diadem et de Rhone.

 

 

LES OISEAUX

Près de 360 espèces d’oiseaux parmi lesquelles 58 espèces nicheuses ont été recensées au Djoudj. L’effectif total est estimé à plus de 3 000 000 d’exemplaires dont 90 % sont des oiseaux d’eau (qui sont pour la plupart des migrateurs). L’espèce la plus spectaculaire est le pélican blanc. Le Parc National des Oiseaux du Djoudj abrite d’importantes colonies de nidification d’ibis, hérons, cormorans, anhingas et pélicans gris. On observe également des colonies mixtes de nidification appelées communément « héronnière ». La période de nidification  des espèces piscivores dépend de la quantité de poisson et d’eau disponible.

Parmi les espèces migratrices qui choisissent Djoudj comme zone d’hivernage les plus représentatives sont les canards (sarcelles d’été, canards, pilet, canards souchet) et les limicoles (Chevalier combattant et barge à queue noire). Les chevaliers combattants et barges à queue noire se retirent le jour dans les rizières.

En outre, le parce abrite d’importantes concentrations de canards éthiopiens (dendrocygne  veuf et  dendrocygne fauve, oie d’Egypte et oie de Gambie), de flamants roses, de flamants nains, de spatules d’Europe et d’Afrique.

 

 

LES MAMMIFERES

Le Parc de Djoudj est l’un des derniers refuges des mammifères du nord du Sénégal. Aujourd’hui, phacochères, gazelles et chacals constituent les seules espèces de grandes mammifères présentes. On signale aussi la présence du singe rouge, de la genette et du chat de Libye.

 

ASPECTS SOCIO-ANTHROPOLOGIQUES

Le parc de Djoudj est une partie intégrante du bassin du fleuve Sénégal ; pour cette raison il a depuis toujours joué le rôle d’un véritable lien entre le commerce trans-saharien et le commerce atlantique. Suite à des dynamiques sociales et des contraintes naturelles, la région a vu le passage de populations arabo-berbères, des wolof et des peuls qui choisissaient Djoudj comme lieu de passage, dans un premier temps, et d’installation après, en faisant devenir le Djoudj une zone de brassage culturel et de cohabitation interethnique.

Les activités des différentes populations et leur évolution peuvent être classées en deux types : les activités dites traditionnelles (élevage, pêche, commerce, agriculture et artisanat) et les activités dites modernes (agriculture irriguée).

L’élevage était pratiqué par toutes les ethnies grâce à l’abondance des zones de pâturage. Les pratiques d’élevage les plus courantes étaient celles des systèmes peul et maure, également transhumants.

A l’exception des peuls, la pêche était pratiquée par toutes les ethnies, et favorisée par la proximité du fleuve et par la présence de beaucoup de cours d’eau. Elle était souvent associée à la cueillette des nénuphars (voir à ce propos le paragraphe sur la médicine traditionnelle).

Le commerce a toujours eu comme véhicule principal le fleuve. Il s’agissait d’un système de troc entre les populations riveraines du fleuve et les populations de l’intérieur. Les échanges concernaient plusieurs produits : gomme, sel, céréales, produits artisanaux et produits de la pêche.

L’agriculture était uniquement pratiquée par les wolofs sous deux formes bien distinctes : l’agriculture de décrue d’une zone inondable dite « Walo » et l’agriculture de pluie. Ces zones humides, entourées par des terrains arides, étaient caractérisées par une productivité exceptionnelle qui leur permettait d’avoir un rôle socioéconomique très important.

L’artisanat, réservé aux femmes, se limitait à la confection de nattes et de tissus décoratifs avec des fibres naturelles. La matière première (Sprobolus et Typha) était prélevée à Djoudj ou aux abords du fleuve. Les perles étaient collectées sur les anciennes zones des villages qui ont disparu ou changé de lieu d’implantation aujourd’hui.

De nos jours, la riziculture représente l’activité majeure du système agricole dans le delta en général, et dans le bassin de Djoudj en particulier. Ceci a été facilité par la construction de la grande digue de Diama et par les politiques de mise en valeur dans la région.

La pêche est présente partout, sauf à Fourarate. L’artisanat concerne des produits divers (pipes, étuis, porte-clés, tissus, etc.) confectionnés par les femmes à partir des peaux, du Sprobulus et du Typha. Ces produits sont commercialisés en Mauritanie et au niveau de la boutique touristique (« boutik-bi ») du comité inter villageois à l’entrée du Parc.

Les sept villages de la périphérie sont des installations assez anciennes, entre le seizième et le début du vingtième siècle. Il s’agit de quatre villages maures (Diadem I, Diadem II, Diadem III et Rhone), deux wolofs (Débi et Tigette) et un village peul (fourarate). Différents types d’organisations existent dans ces villages : il s’agit d’abord d’organisations traditionnelles d’entraide qui sont aujourd’hui de plus en plus remplacées par des organisations de type moderne connues sous différents vocables, selon la forme, la composition et les activités de l’entité : sections villageoises, groupements d’intérêt économique (GIE), associations, groupements de promotion féminine, etc.

 

FOURARATE

Situé à une trentaine de kilomètres de l’entrée du Parc, dans le secteur du Crocodile, Fourarate est le seul village peul du Djoudj. Il a été créé par Samodi Birame de Djoloff et installé au début à Ndiawdoun vers les années cinquante.

Comme explique Moussa Ka, chef du village, au visage très fin entouré d’un tourbant royal (véritable signe de la tradition nomade), à l’époque les peuls avaient commencé à s’installer là bas car c’était un lieu propice au pâturage : il y avait beaucoup d’arbres. Par conséquent, dans un premier moment, un petit village composé de quatre familles a été crée. Et voilà donc l’origine du nom du village qui rappelle le nom d’une espèce d’acacia (Acacia Albiola), « kadd en wolof, thiaski en pulaar et afrarat en hassaniya, la langue des maures

Le troupeau, cœur de l’économique et de la culture peul représente la fierté, détermine la dot du mariage (tangue en langue pulaar) ; il est aussi signe de richesse.

Selon la répartition traditionnelle du travail les femmes s’occupent de la traite tandis que les hommes sont chargés de l’élevage des troupeaux. A pratique de l’élevage a favorisé, depuis toujours, la pratique d’un artisanat technique, fonctionnel à cette activité. Des plats en bois, des couvercles de paille tressée, finement travaillée, qu’on utilise pour la traite et pour la production du beurre et des chapeaux en paille tressée en sont des exemples.

A Fourarate les mariages sont fêtés selon la tradition peul. La fête prend deux jours pendant lesquels le partage des repas, la danse et la musique traditionnelle, avec le gnaagnorou, guitare monocorde (riti en wolof), le hoddou (guitare monocorde) et le buba (instrument traditionnel peul) deviennent les protagonistes. C’est le bombado (griot en pulaar) qui est chargé de coordonner la fête, en faisant référence à la tradition orale et bien sur en mêlant avec intelligence ses capacités oratrices et théâtrales.

En plus de l’activité traditionnelle de l’élevage, la sédentarisation a facilité le développement de nouvelles activités économiques comme la riziculture.

 

DEBI

Le village de Débi se trouve à environ 15 km de l’entrée du Parc et compte environ 2 100 habitants. Débi, créé vers 1508, avait été déplacé plusieurs fois avant d’occuper son emplacement actuel. Village de tradition wolof, il présente un quartier maure. En fait, suite au conflit de 1989 entre le Sénégal et la Mauritanie[2] certains mauritaniens, qui normalement traversaient la frontière pour le commerce (achat du riz), avaient commencé à s’installer au-delà du fleuve.

Aujourd’hui, les rapports commerciaux transfrontaliers continuent et surtout avec le village qui se trouve de l’autre côté du fleuve, Ker Macen, homologue mauritanien de Débi. Les deux villages représentent un exemple de brassage culturel, au point qu’on y enregistre des mariages interethniques. Malick Wade, notable du village, souligne l’importance économique du Djoudj, cuvette de cueillette, de pêche, d’élevage qui depuis longtemps avait poussé différentes populations à s’installer.

En particulier, à l’époque de l’installation, les habitants de Débi avaient privilégié une zone qui aujourd’hui se trouve à l’intérieur du Parc, véritable noyau central pour la cueillette du nénuphar et la pêche.

 

Aujourd’hui, la principale activité est la riziculture comme le prouve la présence d’une petite usine de transformation du riz qui se trouve entre le village de Débi et le tout proche village de Tigette. Grâce au barrage de Diama maintenant il est possible d’avoir deux récoltes annuelles de riz. On y pratique aussi la pêche et l’élevage.

Parmi les activités artisanales, on signale la production de colliers et de tissus qui sont vendus à la boutique touristique à l’entrée du Parc (boutik-bi).

L’activité de couture représente le cœur de l’artisanat de Débi : les tissus sont teints et tannés avec de la cire pour créer des motifs et des dessins artistiques. Les teintures utilisées sont des pigments naturels extraits des plantes que l’on trouve dans le Parc.

 

MEDICINE TRADITIONNELLE

La médicine traditionnelle, fat thossan en wolof, représente l’ensemble des connaissances et compétences que les guérisseurs doivent apprendre et transmettre de génération en génération pour soigner les maladies avec des médicaments à base naturelle. Elle est synonyme de savoir, tradition, expérience transmis jusqu’à nos jours. Parmi les plantes de Débi et Djoudj le nénuphar, diakhar en wolof, est une des plus utilisées aussi bien dans la médicine traditionnelle que dans l’alimentation. Selon le type de nénuphar (il y en a trois types : Nympaea micranta, Nympaeas lotus et Nympaea maculata) et le dosage, on peut soigner des maladies différentes parmi lesquelles le diabète, les maux de ventre, la toux et la fatigue. Selon la tradition, les femmes sont les seules personnes chargées de la récolte.

Le Tamarix senegalensis (tamarix, guédj en wolof) est utilisé comme coagulant.

Les feuilles de Salvadora persica (ngaw) sont utilisées pour le rhyme ; il faut les écraser et inspirer profondément le mélange. Les racines sont utilisées pour soigner les rhumatismes ; il faut les macérer dans l’eau et boire l’infusion pendant quatre jours. Les feuilles de l’Acacia nilotica (nep nep) sont utilisées pour les maux de ventre et les fruits sont employés pour le tannage des peaux.

La Calostropis procera (pommier de Sodome, paftane en wolof) est utilisée aussi bien contre les maux des dents que, mélangée avec des feuilles de tabac, pour arrêter de fumer

Les guérisseurs même expliquent que le fat thiossan doit être accompagnée par des formules et rites que seuls peu d’initiés connaissent. Aminta Doudou Diaw, guérisseuse de Débi spécialisée pour soigner les petits enfants et les nouveaux-nés, parle d’un médicament particulier qui s’appelle toul et qu’elle sait préparer. Le toul est d’origine animale (la genette) et protège la peau des coupures des lames.

Aminta explique ainsi : « Je prépare le composé et je le met dans un gris gris[3] que la personne doit garder au niveau du thorax. Après, je dois répéter des formules plusieurs fois. Avec ce toul quelque soit la pression du couteau on ne sera jamais blessé ».

Ndiobousène Atemane, guérisseuse spécialisée pour soigner les problèmes de grossesse, détient de ses parents la capacité de comprendre quand un enfant est mal positionné et, grâce à des formules et à un médicament, d’en rétablir une position correcte. « Quand l’enfant est mal positionné, je prépare un produit spécifique qui doit être mis sur le vendre de la femme. En même temps je dois répéter des formules plusieurs fois : de cette façon, l’enfant va retrouver sa position correcte.

Après l’accouchement, pour tous les enfants, il vaut mieux prendre un bain avec le nep nep : c’est le meilleur antibiotique, qui sert pour renforcer la peau. Il faut mélanger le nep nep et avec de l’eau ».

Mario Taw est le grand marabout, le guérisseur le plus connu du village et des alentours pour ses capacités extraordinaires qui peuvent « à la dernière minute réussir où les autres guérisseurs ont échoué ». En outre, il est connu pour sa capacité « de faire sortir de démon » quand une personne est possédée par un esprit : « Quand une personne est possédée, tout d’abord, avant le traitement, je dois cracher sur elle.

Seulement après je pourrais lui faire boire un produit spécifique, accompagné par des formules. A ce moment là le démon pourra libérer l’individu ».

Médicine traditionnelle, esprits culture, plante et terre… tout se fonde et se mélange. « Les esprits rap se trouvent dans certains lieux et certains guérisseurs, comme mon père et moi, ont la capacité de les voir et de communiquer avec eux. Quelque fois je me promène à des heures tardives et je vais les rencontrer pour communiquer. La communication avec les rap c’est quelque chose qu’on hérite : moi je l’ai héritée et apprise de mon père. C’est très dangereux de les rencontrer car, quand on n’est pas en mesure de le faire, on ne sait pas ce qui peut arriver.

C’est pour cela que c’est interdit aux enfants de sortir au crépuscule : ils n’ont pas les instruments nécessaires pour communiquer… ».

Il y a des esprits liés aux lieux et, selon le grand marabout, au Djoudj il y en a beaucoup. On les appelle boromdeuk. « Il faut faire attention avec els boromdeuk. Et il y a des lieux où l’on fait des sacrifices pour rendre propices les rap, mais ces lieux sont secrets et sacrés ». Une petite anecdote  nous aide à comprendre : « Il y a eu un moment où des policiers voulaient habiter un lieu à côté de Débi interdit parce que les borom y habitaient. Malgré les avertissements, les policiers ont voulu y construire leur campement. Une fois terminé, un grand orage dévasta tout.

Ils avaient été mis en garde… avec les borom, on ne plaisante pas ! ».

TIGUETT

Situé au nord-ouest du Parc, environ à 14 km de l’entrée, Tiguett fut créé en 1809 et déplacé deux fois. A l’origine il occupait la zone de Gainthe[4], endroit privilégié pour la pêche et la cueillette du nénuphar. Après, à cause d’une épidémie de peste, le village fut déplacé de l’autre côté du fleuve. L’emplacement actuel fut occupé en 1976 après la création du Parc.

Le mot tiguett trouve son origine dans la langue arabe car en effet, tien-guett signifie, îlot, lieu entouré d’eau. Le village, d’ethnie wolof, compte une population d’environ 2 000 habitants. Comme dans le village à côté, Débi, il y a une présence maure suite aux événements de 1989. En même temps, comme souligne Abdou Karim Gueye, chef de village, on peut aussi retrouver des liens de parenté avec la famille de Takhradiente (de la Mauritanie) qui remonte dans la nuit des temps.

Dans le passé, les principales activités étaient la cueillette du nénuphar, la pêche et la culture du mil. Aujourd’hui, avec l’ouverture du barrage de Diama qui a facilité le contrôle de l’eau douce, la principale activité est la riziculture.

Tiguett partage avec Débi une petite usine de transformation du riz qui lie, comme l’école, les deux villages. En effet, une association des agriculteurs des deux villages a créé une petite unité de transformation des produits.

Comme Débi, Tiguett est un véritable exemple de cohabitation interethnique wolof et maure. Parmi les activités traditionnelles pratiquées à Tiguett on signale l’artisanat produit par la caste traditionnelle, celles des forgerons.

Parmi les activités féminines on pratique la teinture des tissus, la couture et le tressage des nattes avec le roseau palustre (tag en wolof).

 

RHONE

Localisé au sud du Parc à environ  5 km de l’entrée, Rhone fut créé en 1809 par Mbarack Mahmouth Fall, venu de la Mauritanie. Le village d’ethnie maure[5] est le seul village périphérique de Djoudj qui n’a jamais été déplacé. C’est Zeidine Fall, le chef du village, qui nous aide à comprendre la signification du nom Rhone et son histoire : « En wolof rhone est le nom d’un arbre, une espèce de palmier qui en hassaniya on appelle rakha. A l’époque de la création du village, il y avait partout des palmiers : pour cette raison les wolofs avaient commencé à appeler notre village « Rhone », et à ce temps là c’était vrai ».

Dans le passé, les principales activités étaient celles liées à la vocation nomade de l’ethnie, donc le commerce et l’élevage. Aujourd’hui, à côté des activités traditionnelles, on n y pratique la pêche, l’agriculture et parfois la cueillette du nénuphar.

A ce propos-là, Amadou Fall dit : « Tout d’abord, il est nécessaire de préparer les grains avant de les cuisiner. Il faut les récolter et ils se trouvent dans l’eau. Après il faut enlever la peau, les écraser et les faire sécher. Ensuite on les passe au feu pour 25 minutes et après on les écrase encore. Maintenant on peut les utiliser pour la cuisine de différentes manières :

-         ndoumpe : on prépare les grains avec du lait frais ;

-         nialasse : on cuisine les grains avec du poisson et de la viande ;

-         nieiloute : c’est la variété la plus fine de grains à préparer avec de la viande et du poisson ;

-         mbalal : utilisés pour la préparation d’un bouillon, remède contre la fatigue ». Pour ce qui concerne les activités féminines, à Rhone on signale la pratique des activités de la tradition maure telle que le tressage des nattes avec le njibiss (nom maure du Sprobolus, plante qu’à Djoudj l’on considère envahissante). Les femmes coupent les joncs qui sont ramassés en gerbes et tressés manuellement, en y ajoutant des filaments de cuir teintés et tressés pour former des motifs caractéristiques.

La collecte des perles et la fabrication des colliers restent parmi les activités traditionnelles les plus importantes. On pratique aussi l’activité de tannage des peaux de mouton, vache, chèvre. La peau est cousue avec les grains du nep nep, l’acacia nilotique. Les habitants de Rhone sont aujourd’hui 870 environ.

 

DIADIEM III

Situé à 800 m de l’entrée du Parc, Diadem III, est le plus ancien des trois villages appelés Diadem. Il a été fondé en 1461 par Hameth Niali, un wolof, Bidiel, un sérère, Hamar Gueye maure et deux femmes mauresques. Il semble que les maures en question appartenaient à une grande famille dénommée Coumleyline dispersée en suite dans cinq villages du Sénégal, dont Diadem III.

 

A l’époque de la fondation, et jusqu’en 1964, il s’agissait d’une communauté nomade qui habitait les traditionnelles haima et qui passait la saison des pluies à Gainthe (pour la cueillette du nénuphar et la pêche) et une partie de saison sèche de l’autre côté du fleuve Sénégal.

Quand le village fut déplacé, l’emplacement actuel fut choisi car il y avait un puits. Yerem Diouf raconte qu’il y a plusieurs légendes liées au choix du nom du village.

« Il paraît qu’à l’époque un blanc avait séjourné avec la communauté pendant deux ans. Un jour des étrangers blancs étaient passés et ils lui avaient demandé le nom du village et il avait dit Jamm, « paix », d’où diadem. Selon une autre version, Diamed trouve son origine de diaye diom qui signifie courage, comme celui qui distinguait le premier groupe fondateur ».

Le village compte une population d’environ 800 habitants. Aujourd’hui, parmi les activités pratiquées par les hommes on signale la pêche, la culture du riz et l’élevage. Parmi les activités féminines, le tressage des fibres naturelles (avec le Sprobolus).

 

HENNE

C’est un art traditionnel pratiqué par les femmes maures dans tout le monde arabe. Les mains et les pieds viennent embellis avec des dessins très élaborés, motifs faits à l’henné en rouge ou noire. Véritable expression de beauté et de séduction, l’henné traduit l’importance de l’élégance féminine pour les maures. En outre sa pratique est aussi un moyen d’expression pour l’artiste expérimente sa fantaisie et son compétence. Selon la tradition, les forgerons s’occupaient de cette technique.

DIADIEM II

Diadem II est situé au secteur du Crocodile, à environ 26 km de l’entrée du Parc. Il fut crée en 1826 par un maure, Matar Bah Diop, qui décida de s’installer à l’intérieur de l’actuel Parc, vers le secteur de Gainthe. A l’époque les habitants, des maures nomades, s’installaient pendant l’hivernage à Gainthe et pendant la saison sèche dans les alentours du parc. Aujourd’hui, le village compte une population d’environ 720 habitants. Mohammed El Fakh diop, chef du village, nous explique que chez eux la culture et la tradition occupent la place la plus importante. Il cite un proverbe maure : « med ba wouladin mau » qui en wolof signifie « le varan dans l’eau ne sera jamais un crocodile ». En effet, toutes les activités traditionnelles sont très pratiquées tant par les femmes que par les hommes : le tissage et tressage des nattes, le tannage, la création de bijoux… magnifiques exemplaire de la culture maure qui se trouvent en vente, comme les produits des autres villages du Djoudj, à la boutik bi. Preuve de l’importance de la tradition est la présence à Diadem II, unique parmi les villages qui portent le même nom, de la caste des forgerons, une des classes sociales les plus importantes. La classe des forgerons est héritière et pour en préserver la pureté, les mariages mixtes sont interdits, même aujourd’hui.

Respect et admiration ont jours accompagné le travail de cette caste sociale dont l’activité principale n’est plus, à nos jours, la production des armes mais la création de bijoux et pipes.

 

MARIAGE MAURE

Le mariage, selon la tradition africaine, est une véritable alliance entre familles. Dans la culture maure, le mariage dure sept jours, pendant lesquels des cérémonies et des repas accompagnent le nouveau couple. La cérémonie à la mosquée, vers sept heures du soir, ouvre la semaine du mariage. Après, le couple et les invités se rendent à la maison de l’époux. C’est la danse des fusils qui démarre les célébrations, pour laisser la place à la danse des bâtons et à la musique. Les danses sont accompagnées par les instruments de la tradition maure tel que le talaba, un tam-tam que les femmes tapent avec un bâton.

L’épouse porte la gafa, une décoration que l’on met sur la tête, et la malfa nileu, le traditionnel vêtement voilé maure. L’époux s’habille avec un grand boubou noir ou blanc.

Pendant les différents jours des cérémonies les repas sont constitués de plats à base de viande, couscous et des dattes mauritaniennes avec de la zirite (boisson traditionnelle à base de lait caillé, sucre et eau) et de la tajine (soupe avec des pommes de terre, viande et poivre).

Le septième jour s’achève avec une grande fête pour les mariés et leurs amis les plus proches. Pendant les semaines qui précèdent le mariage les femmes, et l’épouse surtout, doivent tresser une natte très grande, qu’on appelle hassera, avec des fibres naturelles. Aujourd’hui le mariage maure, au lieu d’une semaine, dure généralement deux jours seulement.

DIADIEM I

Situé à environ 17 km de l’entrée du parc, Diadem I a été fondé en 1792 par Habaïdate Diop, un Bambara originaire de Ségou au Mali. Les habitants de Diadem I, des maures de tradition nomade, pratiquaient une petite transhumance. Avant de s’installer en 1972 dans l’actuel emplacement, à l’est du parc, Diadem I avait occupé plusieurs autres sites : au début l’emplacement actuel, ensuite Yonu Ndiob et Telle Djouj. L’ancien emplacement était Ndiasor, abri pour les troupeaux, mot qui signifie « place où on met les tentes ». Le village a une population de 850 habitants.

Parmi les activités pratiquées aujourd’hui, comme dans les autres villages maures, à côté des activités de la tradition nomade il y a la culture du riz et la pêche.

Les femmes pratiquent les activités liées à la tradition maure, le tannage des peaux, le tissage et le tressage des nattes.

Le Grand Lac, Kira en hasania, est le vrai cœur du village de Diadem I.

C’était la place où grâce à l’abondance de l’eau, poussait le nénuphar.

 

L’ARBRE A PALABRE DANS LA TRADITION ET LE BAOBAB DE DIADEM I

La tradition orale occupe une place prépondérante dans la culture africaine.

La palabre, acte social est un art que doit être maîtrisé, appris et utilisé dans les contextes précis. Pour cela, la palabre doit être utilisée dans des lieux appropriés… et quoi de plus adéquat que l’ombre d’un grand baobab pour s’exprimer sur la vie sociale, politique, religieuse et économique de la communauté ? Lieu de cohésion sociale, l’arbre à palabre est aussi chargé d’une importante valeur symbolique : c’est, en effet, l’âme du village qui vit en symbiose avec ses habitants. Dans l’ancien emplacement de Diadem I, Ndiasar, il y avait un grand arbre à palabre, un baobab appelé tedouma. La légende raconte que depuis le déplacement de Diadem les feuilles de ce grand arbre à palabre avaient cessé de pousser. Yally Diop, écogarde  du comité inter villageois, dit que « On fait partie de la terre et la terre fait partie de nous, comme le baobab. Djoudj fait partie de nous, c’est notre richesse.

 


[1] En 1964 fut construite une digne de ceinture de Diama à Thiagar, complétée par des digues de protection. Le système des vannes est composé par :

- l’ouvrage du canal du Crocodile, équipé de quatre vannes avec passes de 2,50 m de long et 1,50 m de large ; son niveau de crête se situe à +3,90 m et le niveau de seuil à -1,00 m environ (début nominal : 10 m3.s-1) ;

- l’ouvrage du marigot du Djoudj, doté de quatre vannes avec des passes de 2,50m de long et 1,50 m de large (débit maximal : 20 m3 s-1).

En  1983, la digue antisel provisoire de Kheune est créée à environ 115 km de l’embouchure pour limiter les intrusions de la langue salée en amont du Delta.

En 1986, la fermeture du barrage de Diama à 36 km de l’embouchure permet la protection de la majeure partie du Delta et le stockage de 250 à 500 millions de m3 d’eau douce, selon la côte de retenue (1,50 à 2,50m).

En 1989, la fermeture du barrage de Manantali permet de régulariser la crue et de stocker environ 11 milliards de m3 d’eau douce.

En 1992, l’endiguement de la rive droite est assuré entre Diama et Rosso pour assurer une protection des terres et un contrôle des écoulements.

En 1994, la réfection de la digue Rive Gauche permet une gestion optimisée de tous les ouvrages mis en place.

 

[2] Entre le 1989 et le 1991, la crise entre le Sénégal et la Mauritanie déboucha sur un conflit, avec des milliers de réfugiés des deux côtés.

[3] Talisman employé pour protéger la personne.

[4] Au poste de Gainthe, où se trouvent de grandes étendues de sable, on trouve, des traces d’habitations, de poteries et des perles (anciens colliers). Ces dernières sont toujours ramassées par les femmes qui en font des colliers.

[5] L’ethnie maure originaire de la Mauritanie est présente dans le Nord du Sénégal. De tradition nomade, elle utilise la langue arabe sous forme dialectale (hassaniya).

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